Avec Dégun sans stage, engagez vous pour l’égalité des chances

Avec Dégun sans stage, engagez vous pour l’égalité des chances

19 octobre 2020

 

Chaque année depuis 4 ans, ce dispositif initié par un entrepreneur et porté par Centrale Marseille depuis 2018 met des offres à disposition des élèves du réseau Réseau éducation prioritaire renforcée (REP +) pour effectuer leur stage obligatoire de troisième.

Si vous étiez encore au collège après 2005, ou que vos enfants y sont passés au delà de cette date, vous avez sûrement  une idée du “stage d’observation en milieu professionnel” : un baptême du monde du travail qui dure cinq jours, obligatoire en classe de troisième. Exception faites aux collégiens et à leurs parents, ce stage n’est pas bien pris au sérieux. Très souvent, les entreprises preneuses “rendent service” à un collaborateur en accueillant son fils ou sa fille. “Je reconnais que j’ai moi-même passé deux trois coups de fil pour mes enfants”, confie Christophe Baralotto, co-fondateur de l’entreprise de la French Tech Aix-Marseille Provepharm et initiateur du programme “Dégun sans stage”, dont l’objectif est de procurer des stages de qualité à des collégiens issus d’établissement du Réseau Éducation Prioritaire renforcé (REP +). Si le stage de troisième a tendance à faire rire les anciens, c’est pourtant un des jalons du parcours scolaire ou l’inégalité des chances est la plus tangible. Ce stage n’a pas beaucoup d’intérêt pour l’organisme d’accueil, et dépend quasi-entièrement de la “bonne volonté” des entreprises, que ces dernières réservent généralement à leurs salariés. Ainsi, dès l’âge de 13-14 ans, des adolescents découvrent l’importance impitoyable du réseau.

 

Pour Christophe Baralotto, les entreprises doivent prendre leurs responsabilités : “sans volonté farouche de contrer cette dynamique, on encourage la discrimination. Beaucoup pense que c’est un stage inutile, alors que de ce premier contact avec le monde du travail peut naître une vocation, un déclic primordial”, souligne l’entrepreneur. Provepharm est basée dans le technopôle de Château Gombert, un pôle d’excellence technologique et entrepreneurial planté au milieu des quartiers nords du 13e arrondissement de Marseille. “C’est un lieu très particulier”, décrit C. Baralotto. “On a à la fois ce qui se fait de mieux en matière d’innovation et ce qui se fait de moins bien en termes d’insertion”. C’est en effectuant deux fois par jour la “traversée” en ces deux mondes que l’idée de Dégun sans stage a germé dans son esprit il y a 5 ans. Dès la première édition du programme en 2016, l’entrepreneur parvient à mobiliser ses pairs du technopôle pour proposer 120 offres de stages. Mais ce premier volet est un demi-succès. Seules la moitié des offres ont été pourvues. “Le matching se faisait difficilement faute de relais dans les établissements”, explique Ingrid Kandelman, responsable du Labo Sociétal de l’École centrale de Marseille. C’est la prestigieuse école d’ingénieur, engagée depuis de nombreuses années sur les questions d’égalité des chances, qui va procurer au projet la connaissance du terrain nécessaire. Depuis une quinzaine d’année en effet, le Labo sociétal de l’école met en place des programmes de tutorat entre ses étudiants et les lycéens/ collégiens des quartiers prioritaires de la ville. Résultat, lors de la troisième édition du programme durant l’année scolaire 2019-2020, 16 collèges REP+ de Marseille ont été accompagnés, et plus de 500 stages proposés.

 

Mais les artisans du programme ne comptent pas s’arrêter là. “On a choisi de commencer par le plus difficile, en ciblant d’abord les REP+, soit 23 établissements à Marseille. Notre ambition est d’aller chercher les REP, puis les collégiens mal connectés dans les collèges ‘lambda’”, explique C. Baralotto. L’année dernière, la Société du Canal de Provence (SCP) a même  pris le partie de débourser 2000 euros pour transporter en bus ses 12 stagiaires du collège Edmond Rostand dans le 13e jusqu’à ses bureaux à Aix-en-Provence. Une opération coûteuse, à hauteur de 2000 euros, pris en charge à moitié par la SCP et Centrale Marseille. “Si plusieurs startups aixoises s’associent pour accueillir un ou deux stagiaires chacunes, on pourrait éventuellement trouver le budget pour répéter l’opération. La balle est dans le camps des entreprises”, lance C.Baralotto. Ce dernier reconnaît qu’accueillir un collégien de REP + peut faire peur, mais il rassure :”dans l’immense majorité des cas, les stages se sont très bien passés, et les tuteurs dans les structures d’accueil étaient ravis de l’opération. Certains m’ont confié que cette expérience avait remis en question leurs opinions, l’éducation qu’ils donnaient à leurs enfants”. Banquière chez Rothschild Martin Maurel, Laurence de Boissezon fait partie de ces nombreux tuteurs qui espèrent “être à nouveau choisie par un collégien ou une collégienne cette année”. L’année dernière, elle a convaincue ses collaborateurs de mettre à disposition 12 stages dans l’ensemble de la banque pour les élèves accompagnés par “Dégun sans stage”. Elle prend sous son aile une jeune fille pendant une semaine, et lui construit un petit programme lui permettant de nourrir son rapport de stage. “Je lui ai demandé de prendre rendez-vous avec 2 à 3 collaborateurs de la banque chaque jour, de leur poser des questions sur leur métier et d’en faire un compte-rendu. Elle devait en quelque sorte gérer un agenda professionnel”, explique L. De Boissezon. Laurence nous a confié avoir été impressionnée par la capacité d’adaptation de sa stagiaire : “elle apportait beaucoup de soins à sa tenue, toujours très sobre et professionnelle, et à sa façon de s’exprimer. Je l’ai trouvé hyper attachante, et faisant preuve d’une grande intelligence”.

 

Les startups affichent une préoccupation grandissante concernant leur impact sur la société. Participer à Dégun sans stage est une première étape simple à franchir pour traduire ces préoccupations en action, souligne Sophie Dominique, responsable du pôle Égalité des chances à Centrale Marseille. “Cela en coûte peu à la startup d’accueillir un élève pendant une semaine, voire d’accueillir le fils ou la fille d’un salarié plus un collégien de REP+, et de concilier ainsi le soucis éthique avec celui de la cohésion interne. Si on en prend déjà un, les ressources humaines supplémentaires induites par l’accueil d’un deuxième stagiaire sont minimes”, assure-t-elle. “Dégun sans stage est une solution à portée de main pour réaliser sa responsabilité sociétale”, résume I. Kandelman.

 

La French Tech Aix-Marseille s’engage à proposer un stage à destination des collégiens de l’éducation prioritaire renforcée, et invite les startups de la métropole à se joindre à l’initiative. Pour poster une offre et apporter dès maintenant sa pierre à la construction d’une école et d’un monde du travail plus juste, ça se passe ici.

 

Pour plus d’infos : https://degunsansstage.fr/

Découvrez en vidéo les témoignages des stagiaires et des tuteurs des années passées : https://urlz.fr/e3bX

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